L'ABBÉ DÉSIRÉ VÉZINA
1836-1906
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photo de l'Abbé Désiré Vézina
(prise chez une nièce de ce dernier dans les années '90) par Gérard Vézina
Bien que souvent
absent du foyer par le métier qu'il exerce, Olivier est un père préoccupé de l'éducation de ses enfants; plusieurs de ses fils fréquentent
le Séminaire de Québec. C'est là que Désiré poursuivra ses études
classiques entre 1848 et 1858 ; par la suite, il complétera la théologie
pendant cinq ans au Grand Séminaire, situé dans le même édifice.
Le
jeune homme n’a que douze ans lorsqu’il quitte son île pour se rendre « en
ville » dans ce but de « parfaire son éducation ». L’aboutissement de cette formation le
conduira à la prêtrise.
Le 19 septembre 1863,
ce sont des parents heureux et fiers qui s'embarquent pour Québec dans le but
d’assister à l'ordination de leur fils. Le hasard fait que c'est un natif
de l'Île-aux-Grues, Mgr Charles-François Baillargeon, évêque coadjuteur de Québec, qui préside
la cérémonie. À l'époque, il n'existe pas de gloire plus grande pour des
parents que celle de voir un de leurs enfants "entrer en
religion". Avoir un prêtre,
un religieux ou une religieuse dans la famille est considéré comme étant tout
un honneur ; on a
l’impression de participer activement à la vie même de l’Église canadienne.
En scrutant les
résultats scolaires de cet étudiant, autant que les annotations de ses
professeurs, on constate que dès les débuts, il est un élève brillant,
studieux et déterminé. Plus tard, dès sa première année en théologie au Grand
Séminaire, il donnera de l’enseignement aux élèves, ce qui lui procure un
revenu annuel d’environ $40.00.
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L'Abbé Désiré Vézina
photo: Archives de l'Archevêché de Rimouski
Par le mot expurgé, on
entend que les textes ne doivent traiter aucunement « de choses lascives ou obscènes » comme l’indique la
réponse de Rome à l’évêque de Québec, Mgr Baillargeon,
en novembre 1866. Pour les Gaumistes les grands auteurs latins et grecs doivent être
remplacés par les auteurs chrétiens, en particulier par les « Pères de
l’Église » tels Saint-Jean-Chrysostome, Saint-Augustin,
Saint Athanase, Saint-Ambroise, etc…
L’Abbé Désiré semble
ne pas se gêner pour exprimer haut et fort ses idées et convictions concernant
le besoin de réformer l’enseignement classique ; il en parle volontiers devant ses élèves. Un de ses confrères et ami, l’Abbé
Alexis Pelletier publie dans l’anonymat, sous le nom de Georges St-Aimé, des articles faisant la propagande de ces
« idées gaumistes ». Tout ceci aura d’importantes
conséquences pour Désiré.
Par la correspondance de certains prêtres du Séminaire, on apprend ceci : « M. Vézina, professeur de 5è a quitté le Séminaire. Et pourquoi ? Pour une affaire d’ordre. Voici son histoire. Malgré l’avertissement que lui a donné M. le Supérieur, avant son départ, de ne point agiter la question des classiques en présence des élèves, malgré les sentiments bien connus du Préfet des Études, malgré la conversation sérieuse ou M. Hamel lui dit qu’il s’exposait un jour à se faire remercier, M. Vézina n’en continuait pas moins à dire des choses tout à fait désagréables et sur l’ordre actuel de nos études et sur les personnes qui le soutiennent. Enfin, le lundi de la Semaine Sainte, une heure et demie de sa classe du matin fut employée dans le sens de toutes ses ardentes idées.
Le Conseil informé s’assembla et en vint à la
détermination d’avertir M. Vézina qu’il ne compterait
pas sur ses services pour l’année prochaine, qu’il désirait cependant lui voir
continuer la classe jusqu’à la fin de l’année, mais à une condition, c’est
qu’il s’engageât de bonne foi, à ne plus parler devant ses élèves de la question
des Classiques… M. Vézina demanda du temps pour réfléchir et, le samedi Saint (possiblement le 15 ou le 22 avril, en 1865). il
vint trouver M. Gingras pour lui dire qu’en honneur,
il ne pouvait pas prendre l’engagement que le Séminaire lui proposait. Puis après des plaintes amères sur la
conduite que le Séminaire tenait vis-à-vis lui, il nous quitta. Il est aujourd’hui vicaire à St-Nicolas (rive sud de Québec) pour aider M. Baillargeon, travaillé de
rhumatismes. L’Archevêché dans
tous son personnel approuve complètement la conduite du Séminaire… etc… Quoiqu’il en soit, la paix règne avec plus de
facilité, depuis le départ de M. Vézina ; le qui vive est donné, la prudence
régnera dans les paroles. Vous
n’avez pas d’idée de l’ardeur qu’ont mise et que mettent encore les Gaumistes à faire leur propagande : on dirait des sectaires… etc… » (2)

Le départ en
catastrophe de Désiré et les raisons pour lesquelles il a été forcé de quitter
le Séminaire ont dû créer un choc chez son père Olivier (devenu veuf l’année
précédente), car on peut dire que son fils était « sorti par la porte d’en
arrière ». Il a défié les
autorités du Séminaire, critiqué l’enseignement établi et semé la pagaille dans
l’institution avec son ami Pelletier. On peut aussi penser qu’Olivier était fier de ce fils, malgré les gestes
posés ; son fils aîné, qui
possède un tempérament impétueux certes, mais le caractère fort, déterminé,
capable de défendre ses idées et les valeurs auxquelles il croit. En se situant dans le contexte de
l’époque, où l’Église catholique jouit d’un grand prestige, il se peut
également qu’Olivier ait été humilié du comportement de ce fils ; il a pu interpréter les agissements de
Désiré comme une gifle donnée à l’Église, une insubordination plus ou moins
acceptable de la part d’un membre du clergé. L’éducation que lui-même a tenté de donner à ses enfants au
prix de durs sacrifices est un peu remise en cause… Difficile d’interpréter ce qu’il ait pu vivre en tant que
parent en cette circonstance particulière. Quoiqu’il en soit, cet épisode divisa le clergé du Québec
pendant une quinzaine d’années.
Après avoir passé quatre semaines à la paroisse de St-Nicolas, l'Abbé Désiré se rend, tel que demandé, à la paroisse de Rimouski. La région
du Bas-du-Fleuve est très peu développée à l’époque.
On peut l’imaginer facilement empruntant les moyens de transport disponibles au
milieu du XIXè siècle ; le train ne va pas plus loin qu’à Rivière-du-Loup. Il doit donc emprunter le chemin Royal qui n’a de royal que le nom, étant
à peine praticable. Il aurait pu
se rendre par bateau-vapeur, bien qu’il soit un peu
tôt dans la saison pour ce faire. Il existe également un « service de diligences » offert aux
voyageurs allant vers le Bas-du-Fleuve. Les déplacements sont quasiment épiques ! C’est quand même du temps propice à la
réflexion, toujours présente chez un tel intellectuel.
Il s’agit bien d’un
déracinement pour ce jeune prêtre. Il est habitué à l’ambiance toute particulière du Séminaire, la vie
communautaire, l’enseignement, le contact avec les étudiants, etc… Rimouski fut longtemps desservie par
des missionnaires ambulants. Au
moment de l’arrivée de L’Abbé Désiré, c’est dans une toute nouvelle église, que
ses responsabilités l’attendent ; elle deviendra en 1867, soit deux ans
plus tard, la cathédrale de Rimouski. Il y passe un an et est ensuite nommé curé à Matane en 1866, pour une population de 1800 âmes. Il n’y exerce son ministère que pendant deux ans, mais
sait gagner l’estime et la confiance de ses paroissiens. Il est appelé par son évêque, Mgr
Langevin « … les intérêts de la
religion vous réclament. Vous vous soumettrez avec empressement aux décrets de la divine
Providence et vous entreprendrez avec confiance la charge importante, mais
difficile, qui vous est proposée… veuillez me répondre par le retour de la
malle » (3)
Il est nommé directeur
des ecclésiastiques, c’est-à-dire, des étudiants en théologie ; il doit exercer ces nouvelles fonctions
dans des conditions matérielles qu’on peut qualifier de précaires « Cette école connut son véritable
essor en 1863… C’est à ce moment-là que commença une lutte très dure contre les
hommes et contre les difficultés matérielles. Cette époque qui vit la création du Séminaire de Rimouski,
est sûrement l’une des plus douloureuses qui s’est déroulée dans les murs de la
première église de pierre de Rimouski » (4)

Outre ses fonctions de
directeur, il doit assumer la charge de professeur ; il est responsable de leur donner une
bonne formation théologique autant
que spirituelle. C’est lui qui
recommande ces sujets à l’évêque au moment de l’ordination. La construction d’un nouveau séminaire
est lancée en 1869 et, tout en demeurant directeur du Grand Séminaire,
il devient assistant-supérieur (l’assistant de
l’évêque) et aussi directeur et surveillant des travaux de ce
projet. Il lui revient d’adresser
les demandes de financement qui y sont reliées. La vie de cette bâtisse sera malheureusement de courte durée
puisque le feu viendra ravager tout ce dur labeur lors de l’incendie du 5 avril
1881.
En 1876, suite au
décès subit du curé de Trois-Pistoles, c’est l’Abbé
Désiré Vézina qui est choisi pour le remplacer : « Monseigneur choisit pour le
remplacer à la tête de la paroisse la plus importante du comté, tant au point
de vue de la richesse que de la population, M. D.Vézina,
chanoine de Rimouski et archiprêtre du diocèse » (5)
Au moment de la prise
de possession de sa nouvelle cure, le 15 octobre 1876, la paroisse compte 3,000
personnes environ. On entame ici toute une période de controverse, d’opposition
comme on en voit encore aujourd’hui lors de grans projets ; La tâche sera
laborieuse, c’est le moins que l’on puisse affirmer. La « guerre des clochers » prendra tout
son sens à Trois-Pistoles, puisque cette lutte
a duré une vingtaine d’années ; à un certain moment il y a jusqu’à 3
églises pour cette même paroisse ! Désiré fait donc son entrée dans cette paroisse avec la conscience qu’il
devra négocier avec des personnes « divisées ». En 1881, Trois-Pistoles est plutôt à l’aise financièrement et son développement est prometteur. Cependant, « la quatrième église menaçait de s’écrouler. En effet, dès 1877, la détérioration de
l’église des dissidents, construite sans architecte, oblige les paroissiens à
choisir entre réparer à coût prohibitif ou à en construire une nouvelle ».
Les paroissiens demandent à leur évêque l’autorisation « de construire une église en rapport avec la richesse de ses habitants et l’avenir de la paroisse… quel qu’en soit le prix… il faut que ce soit merveilleux ». Quant à l’Abbé Désiré, selon l’historien J-Frs Beaulieu, « il espérait briser les derniers lambeaux des chicanes qui avaient divisé les tenants de la troisième et de la quatrième église ». (7)
(Archives Nationales du Québec)
En 1878, à la demande
de son évêque, le Curé Désiré Vézina doit faire
exhumer des corps du cimetière de la Pointe, pour les transporter près de
l’église « d’en haut ». Il s’attire ainsi la foudre d’un petit groupe, fort actif qui lui fait
une lutte ouverte. Les lettres adressées
à l’évêque n’ayant pas donné les résultats escomptés, ils adressent une requête
directement au Pape Léon XIII le 18 avril 1882. La discorde est bien installée comme en font foi de
nombreuses lettres de plaintes et de dénonciations. Les réponses de l’Abbé Désiré à ces accusations sont
admirablement « bien tournées » dans un français
impeccable ; sa plume peut
aussi devenir mordante, incisive.
Voici un trop court
extrait, tiré d’une lettre de plusieurs pages adressée à son évêque:
« 4 - Ces réflexions
faites, je tiens à vous dire, Monseigneur, que déjà vous auriez ma démission
entre les mains, si des considérations majeures ne m’en empêchaient. J’aime à dire à votre Grandeur que je
ne tiens pas plus aujourd’hui qu’il y a six ans à la paroisse des Trois-Pistoles au point de vue de la position et des
revenus. Je ne me sens pas
tourmenté par cette maladie. Mais
j’y tiens, parce qu’en partant, je ferais le jeu de mes adversaires, ou plutôt
de mes ennemis et qu’après avoir réussi à délivrer la paroisse du joug de cette
clique, je leur donnerais, par mon fait, le champ libre. Je tiens à la paroisse des Trois-Pistoles parce que j’y ai déjà beaucoup travaillé, et
que j’y sens une population foncièrement religieuse et dont l’immense majorité
m’est toute dévouée. J’y tiens,
parce que, après avoir vaincu tant de difficultés avec son concours, il ne
serait pas généreux de ma part de l’abandonner au moment où elle compte sur moi
pour mener à bonne fin l’œuvre commencée et poursuivie malgré tant de difficultés »…
J’ajoute ici, pour une
meilleure compréhension de la situation, que L’Abbé Désiré devait conjuguer ses
actions avec un évêque décrit comme « le
type d’évêque autoritaire, d’une autorité absolue et sans appel, ambitieux,
méticuleux, capable même d’agressivité, d’injustice et de tyrannie » (selon
l’historienne Andrée Désilets).
Revenons à l’érection
de l’église des Trios-Pistoles : c’est à partir
des pierres récupérées de l’ancienne église (celle d’en bas, construite en
1841) que l’on établit les fondations. Celles qui manquent sont prélevées sur la terre du notaire Rousseau et autres
terres des environs. Toute la
construction est de pierre taillée et en bois. Elle sera ouverte au culte en juin 1888, lors de la bénédiction par Mgr
Langevin. À ce moment, elle a des
bancs pour asseoir les fidèles, mais aucune décoration intérieure. Cette impressionnante construction ne
peut qu’attirer l’œil des visiteurs. Ses dimensions sont de 209 pieds (64
mètres) de longueur sur 70 pieds (21.5 mètres) de largeur et 40 pieds (12.3
mètres) de hauteur coiffée par trois clochers. La façade présente une tour centrale dominante flanquée de
deux tours clochers positionnées en angle de chaque côté. La coupole au revêtement en
« écailles de poissons » lui donne un style byzantin. À l’intérieur de cet immense temple, on
peut admirer les deux petites nefs du transept qui reproduisent les bras d’une
croix latine. Enfin, plusieurs
éléments distinguent cette œuvre qui possède aussi un orgue Casavant. En 1896, le Curé Désiré a fait cadeau à
la paroisse de deux souvenirs rapportés de son voyage à Rome : une
sculpture en métal représentant Saint-Pierre (dans le transept gauche) et une
statue de Saint-Théodore (dans la chapelle du
sous-sol). Les travaux de
construction auront coûté $37,000. dont $20,000. fournis par les
paroissiens et $17,000. par la
fabrique. Désiré ne pourra cependant
pas terminer cette œuvre qu’il avait entreprise. Ce n’est qu’en 1901 que le curé Morisset parachèvera la décoration
intérieure ; ce travail
coûtera le même prix que tout le corps de l’édifice !
Dans sa vie plutôt
bien remplie, l’Abbé Désiré Vézina exercera aussi une
présence « paternelle » auprès des Sœurs de Jésus-Marie qui l’appellent familièrement « notre
père ». Il fait pour
elles des démarches auprès du Surintendant de l’Instruction-Publique pour obtenir l’aide financière dont elles ont besoin. Les Annales mentionnent aussi qu’il fit maintes fois des
« dons tangibles » à la communauté. Le 31 octobre 1895 « Notre Père fait don à la
communauté de $1600.00 ». En février 1897 « … un
quartier de bon bœuf ». Deux de ses nièces viendront poursuivre leurs
études chez les Sœurs de Jésus-Marie : la fille
aînée de son frère Maxime (Alice qui prendra le nom de Mère Saint-Maxime)
et la fille de son frère Fénélon (Ernestine qui
entrera aussi en religion). Mère Saint Maxime (Alice Vézina) aura une vie très active chez ces
religieuses; elle fut directrice
de plusieurs maisons de sa communauté et fit plusieurs voyages en Europe et aux
Etats-Unis. Elle mourut à Rome en
1953.
Toutes ces années de
labeur ont affecté sa santé. Alors
qu’il nous apparaît plutôt conservateur, traditionaliste dans ses jeunes années
de prêtrise, on le découvre par ailleurs plutôt ouvert d’esprit, capable
d’emprunter des sentiers nouveaux dans une église aux cadres rigides. Il soigne sa propre tuberculose par la
méthode Kneipp (qu’il a apprise lors de son voyage à
Rome et en Terre Sainte) ; il
applique aussi ce traitement chez quelques patients. Le 20 décembre 1896, la supérieure du couvent des Sœurs Jésus-Marie de Trois-Pistoles écrit : « Mr le Chanoine Vézina soigne avec tant de succès, d’après le système
hydrothérapique, que les malades
arrivent de toutes parts pour le consulter… Deux autres patientes qui souffraient de cette horrible
maladie viennent de guérir par ce traitement » … « … depuis que
je me traite d’après les avis de Mr le Chanoine Vézina,
ma santé est presque parfaite la grippe ne me taquine plus, je ne suis plus la
même ». (10)
C’est au retour d’un voyage en Europe qu’il
apprend que son évêque le demande à la paroisse de St-Germain de Rimouski. On a besoin de ses
services pour parachever l’église cathédrale. Ce n’est pas sans déchirement qu’il devra se séparer de ses
paroissiens et amis avec qui il a tissé d’étroits liens depuis vingt-et-un ans.
Les adieux de Désiré à ses paroissiens aura été, selon les écrits d’un voyageur étranger qui était présent « le plus touchant et le plus bel adieu qu’il m’a été et qu’il me sera jamais donné d’entendre. La beauté des sentiments comme la phrase belle et touchante qui les rendait … Il était visible que cet homme de Dieu accomplissait un grand sacrifice et les larmes que je voyais couler autour de moi, me disaient que les liens plus qu’ordinaires réunissaient ce prêtre à cet auditoire. …Je n’oublierai jamais le solonnel et la grandeur de cette bénédiction qu’il appela du ciel sur la tête de ses enfants et dont les mots étaient noyés dans les larmes du pasteur et des paroissiens ». (11)
L’Abbé Désiré décède à l’Hôpital Général de
Québec le 3 décembre 1906 âgé de 70 ans ; il sera cependant
inhumé dans le sous-sol de sa chère église de Trois-Pistoles,
où nous pouvons voir l’épitaphe qui y fut érigée en sa mémoire dans cette
petite chapelle.
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photo de l'épitaphe de Désiré Vézina
prise par Gérard Vézina en 1990
à la petite chapelle du sous-sol de l'église de Trois-Pistoles
Pour conclure cette
biographie choisissons l’extrait de l’oraison funèbre prononcée par Monseigneur L.J.Langis dans l’église Notre-Dame-des-Neiges de Trois-Pistoles le 6 décembre 1906 ; celle-ci résume bien la personnalité de
Désiré :
« …J’aborde ici, mes frères, un côté de la
vie de M. Vézina que vous connaissez bien… vous
l’avez vu plein de compassion pour le pauvre, ouvrant largement sa main à l’indigence, ému devant la misère
matérielle, comme devant la misère morale, prêt à porter secours à l’orphelin
sans ressource, vidant sa bourse pour protéger le talent qui n’a pas d’argent,
capable de pleurer et pleurant devant l’infortune. Comme il se sentait heureux de pouvoir aider un jeune homme
bien doué, qui pourrait briller dans ses études, devenir un sujet précieux pour
l’Église ou la société ! Vous
savez combien il en a protégé et comment ses protections sont tombées sur des
sujets distingués, vous savez combien de jeunes gens ont trouvé dans le cœur
magnanime de ce prêtre des ressources qui leur ont permis de s’ouvrir une carrière où ils se
trouveraient à l’aise et où le talent pourrait s’affirmer.
« M. Vézina appartenait à une famille à l’aise. Il n’avait pas été, comme beaucoup d’autres, l’occasion de grandes
privations au foyer paternel pour permettre à l’enfant de s’instruire. Au sortir de ses études, il n’emportait
pas sur ses épaules le fardeau d’une lourde dette à payer pour l’instruction reçue. Il avait été à l’abri de toutes ces misères… Quand son père dut quitter ce monde, il
confia à son fils une somme notable dont il pouvait encore disposer à ce
moment. M. Vézina est-il mort riche avec toutes ces ressources ? Non. Tout le
long de sa vie, sa main gauche a ignoré ce que sa main droite donnait si
libéralement… Pour lui-même tout était bon ; il était d’une simplicité vraiment sacerdotale : sa table, ses habits, ses attelages,
son ameublement n’avaient aucun luxe, aucune prétention ; c’étaient pour lui des détails
secondaires, qui le préoccupaient fort peu et ne lui causaient aucun
souci : et avec cela, une
parole sympathique, une grande bonhomie, une joyeuse conversation, des manières
qui rendaient son abord facile, son commerce agréable et sib hospitalité si
aimable.
« Laissez-moi vous rappeler l’acte que je
considère comme le plus propre à faire comprendre tout ce qu’il y avait de
grand au cœur de M. Vézina, celui où il s’est montré
vraiment généreux…, c’est celui par lequel il s’est résigné à laisser, comme
curé, cette belle paroisse de Trois-Pistoles qu’il
avait dirigée si longtemps, avec laquelle il s’était identifié, où son âme
avait jeté de si profondes racines… et il a fait ce sacrifice à un âge où déjà
l’on sent que le déclin de la vie est arrivé… Qui dira jamais ce que ce bel
édifice, aujourd’hui si magnifiquement terminé, lui a coûté de soucis, de
sollicitudes, de méditations, de démarches, de voyages, de calculs
inquiets ?
« Comme son père, pilote, intrépide marin,
vieux loup de mer, avait longtemps connu les périls de nos mers, s’était
débattu bien souvent avec les ondes perfides et était cependant arrivé à un âge
avancé, ayant conservé une verdeur qui ne s’était pas démentie, ainsi le fils,
dans une autre sphère, sur d’autres mers aussi redoutables, a eu à supporter
les mauvais temps, les bourrasques, sans jamais se laisser engloutir… il a
soutenu ces luttes avec une fermeté inébranlable, sans jamais haïr les
personnes. »
Voilà, parmi les
ancêtres Vézina un personnage duquel nous pouvons
être fiers, un homme entier, franc, à la fois actif et réfléchi, généreux et
laissant derrière lui de beaux et grands accomplissements.
/Céline Bédard-Vézina, janvier 2009
Référence :
« Nos Aïeux Vézina » 2006, chapitre
premier, p.15-54, par Gérard Vézina
1- (Un gaumiste canadien, l’abbé Alexis Pelletier, par le R.P. Thomas Charland, o.p. dans Revue d’Histoire de l’Amérique Française, sept. 1947, p. 200)
2- extrait d’une lettre de l’Abbé Cyrille Légaré 27 avril 1865 au Rév. Père B.Paquet et à son frère L.H. Légaré à Rome)
3- Archives du diocèse de Rimouski ; cote A-4-3, corresp. générale
4- Le collège-séminaire de Rimouski, Revue d’Histoire du Bas-du-Fleuve, Vol
1, no 2, oct 1974, p.6
6- Les Trois-Pistoles, Charles A Gauvreau,
1890, vol. 2, p. 4 et 8
7- Notre-Dame-des-Neiges de Trois-Pistoles , Histoire et Architecture… p. 17
8- Archives du Diocèse de Rimouski, cote 355.102.1 Trois-Pistoles, généralités
9- Dictionnaire Biographique du Canada, vol. 12, p. 567 Gérald Caron
10- Annales, Couvent Jésus-Marie, Trois-Pistoles, Tome 1, p.44
11- Histoire
de Trois-Pistoles, Société historique et
généalogique, 1997, p. 206
Généalogie de DÉSIRÉ VÉZINA
1ère -Jacques Vezinat et Marie Boisdon
2è - François Vezinat, le puîné, marié à Marie Clément, le 10 avril 1679
3è - Pierre Vézina marié à Élisabeth Mathieu, le 22 février 1710
4è - Jean-Baptiste Vézina marié à Geneviève Trudelle, le 31 janvier 1757
5è - Pierre Vézina marié à Élisabeth Bourgault, le 10 juillet 1797
6è - Olivier (Oliva) Vézina marié à Sophie Lemieux, le 24 novembre 1835
7è - Désiré Vézina ordonné prêtre le 19 septembre 1863, à Québec